Jeanne Mance, Fondatrice de Montréal

Jean-Paul Pizelle le 15 mars sur Europe 1

écouter ou réécouter
Baptisée le 12 novembre1606, à l’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Langres, elle est la fille de Charles Mance, originaire de Nogent, procureur au baillage royal de Langres, et de Catherine Emonnot, issue d’une ancienne famille bourgeoise langroise. Elle est le deuxième enfant du couple qui en compta douze et qui en perdit plusieurs en bas âge. La famille habitait dans l'actuelle rue Barbier d'Aucourt (à l'époque rue de l'Homme-Sauvage) Son père décède en 1630 et sa mère en 1632.Aussi, Jeanne s’occupe largement de la fratrie. A la suite de ses parents, elle entre dans la confrérie du Saint-Sacrement de Langres. N’ayant goût ni pour le couvent ni pour le mariage, et malgré sa santé fragile, Jeanne aide les Langrois à faire face aux nombreux problèmes. La misère et la guerre, de Trente Ans, qui, à plusieurs reprises, ravage les alentours de Langres. La peste, entre 1632 et 1638, fait 6000 morts à Langres et dans les environs. Ainsi, Jeanne apprend-telle son « métier d’infirmière ».

Issue d’un milieu dévot, Jeanne est à l’écoute du mouvement missionnaire qui se développe vers le Canada. Son cousin germain, le jésuite Jean Dolebeau, part en Nouvelle-France en 1640.Un autre cousin, Nicolas Dolebeau, vient, à Langres, donner à Jeanne les dernières nouvelles du mouvement missionnaire. Chapelain de la Sainte-Chapelle de Paris, il était fort influent. Il indique à Jeanne que les femmes font également partie du mouvement. Ainsi, une riche veuve Madame de La Peltrie est-elle partie en 1639 à Québec avec Marie de l’Incarnation, pour fonder un hôpital. Par ailleurs les Relations des jésuites écrites depuis 1632 étaient largement diffusées. Après avoir beaucoup écouté, Jeanne décide de quitter Langres pour Paris le 30 mai 1640.Là, elle va séjourner chez sa cousine Antoinette  Dolebeau et elle va beaucoup consulter.

Grâce à plusieurs rencontres elle entre en contact avec Angélique de Bullion riche veuve d’un surintendant des finances. Elle a le projet d’établir un hôpital au Canada dans un lieu qui reste à déterminer. Jeanne accepte. Mme de Bullion demandant de rester une bienfaitrice inconnue. Jeanne décide de partir pour La Rochelle où une flotte s’apprête pour le Canada. Là, au printemps 1641, Jeanne fait une rencontre décisive avec Jérôme Le Royer de La Dauversière qui a créé la Société Notre-Dame de Montréal. Cette Société veut fonder, dans l’ile de Montréal, une colonie qui doit sédentariser les Amérindiens. S’il a déjà recruté le chef de l’expédition, Paul de Chomedey, il a besoin d'un bras droit pour les rôles d’économe et soignant. Jeanne accepte et elle fait ajouter le mot Dames au titre du projet de la Société de Notre-Dame de Montréal, à laquelle elle adhère.

Le 9 mai 1641 Jeanne s’embarque avec l’expédition. Le 8 août son bateau arrive à Québec. Pendant l’hivernage, Jeanne est plusieurs fois marraines d’Amérindiens. Enfin Jeanne et la cinquantaine de colons débarquent dans l’ile déserte de Montréal le 17 mai 1642 et ils créent Ville-Marie, premier nom de la cité. Les premiers mois sont calmes et Jeanne peut construire un petit dispensaire. Mais dès le printemps 1643 des Amérindiens hostiles attaquent. Cependant Jeanne peut construire, à l’extérieur du fort, son Hôtel-Dieu qui sera terminé à l'automne 1645.Jeanne ne se contente pas de soigner et d’administrer au quotidien, elle a une haute idée du devenir de la colonie. Aussi, pour faire face aux nouvelles alarmantes venues de France, notamment la désorganisation de la Société Notre-Dame de Montréal, Jeanne décide-t-elle de partir en 1649. Elle contribue à renforcer la Société. Mme de Bullion lui octroie un nouveau contrat intéressant pour l’Hôtel-Dieu et Jeanne encourage les Sulpiciens au soutien financier de Ville-Marie.

Elle est de retour à Montréal en octobre 1650 où la menace iroquoise s’est intensifiée. Pour sauver la fondation Jeanne propose à Paul Chomedey de retourner en France pour lever une recrue avec l’aide de 22000 livres de la fondation de l’hôpital, après accord de Mme de Bullion. A l’automne 1653 le gouverneur revient avec 113 engagés. L’implantation est consolidée. Mais en janvier 1657 Jeanne se trouve diminuée après une chute sur la glace : fracture des os de l’avant-bras droit. Pourtant, en octobre 1658, elle repart, accompagnée de la troyenne Marguerite Bourgeoys,  pour recruter des femmes, des enseignantes, des hospitalières et des filles à marier. A Paris, à St-Sulpice, après s’être recueillie devant la relique du cœur de Monsieur Olier, fondateur des Sulpiciens, Jeanne retrouve l’usage de son bras. Avec l’appui de Jérôme Le Royer, Jeanne réussit à ramener trois religieuses Hospitalières de Saint Joseph de La Flèche et une centaine de personnes.  Elle revient en septembre 1659 dans un  navire infecté par le typhus. Jeanne Mance est atteinte et doit être isolée. La menace iroquoise est toujours présente et le personnel de l’Hôtel-Dieu soigne de nombreux blessés.

Au printemps 1660, Jeanne apprend la mort de Jérôme Le Royer. Ce décès annonce d’importantes difficultés pour l’Hôtel-Dieu car il laisse une situation financière très délicate. L'évêque François de Laval en profite pour la harceler sur ses comptes. Il lui reproche le « détournement » de 22000 livres pour la recrue de 1653.La menace iroquoise s'accroissant, Jeanne décide de repartir d'autant que Louis XIV décide de transformer la Nouvelle-France en colonie royale. Aussi la Société Notre-Dame de Montréal n’a plus sa place. Lors de ce troisième et dernier voyage, Jeanne facilite la remise, par la  Société de l’île de Montréal, aux Sulpiciens qui en deviennent seigneurs. Mais dès son retour au Canada,  une nouvelle peine attend Jeanne lorsqu’elle apprend le décès de Madame de Bullion. Dès septembre 1665, le pouvoir royal décide du retour à Paris de Paul de Chomedey. C’est une perte cruelle pour Jeanne. Par ailleurs François de Laval continue son harcèlement comptable. Jeanne prend du recul par rapport à l’Hôtel-Dieu, mais elle a toujours de nombreuses occupations. Le 18 juin 1673, elle décède, à l’Hôtel-Dieu, en présence de son amie Marguerite Bourgeoys.

La dévotion à Jeanne Mance ne s’est jamais éteinte. Aujourd’hui encore les statues, les vitraux, la toponymie…rappellent, aussi bien dans sa Champagne natale, à Brouage, qu’à Montréal et au Canada, l’immensité de son œuvre. Ainsi, à Langres, la statue de la place Jeanne-Mance à l’endroit même où Jeanne a été baptisée, regarde la cathédrale depuis 1968. Et, à travers le monde, les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph continuent de témoigner de la fraternité du message de « L’ange de la colonie ».

Jean-Paul PIZELLE
bouton retour